L’instinctothérapie : un principe qui ne tient pas la route
Il existe un courant appelé « instinctothérapie », qui repose sur l’idée que l’être humain saurait spontanément manger en fonction de ses besoins en nutriments. C’est un principe qui ne tient pas la route.
L’instinct n’est pas suffisant pour combler les carences. Par ailleurs, si c’était le cas — en écartant les contraintes économiques et géographiques qui ne concernent pas la majorité des pays riches occidentaux — nous n’aurions tout simplement pas le temps de devenir carencés.
Certes, nous nous tournons généralement vers une alimentation riche qui nous protège globalement des carences. Mais nous nous alimentons davantage en fonction de la disponibilité locale et des habitudes façonnées par les méthodes modernes de préparation des aliments, qu’en fonction d’une variété pensée pour couvrir nos besoins.
Ce qui est vraiment instinctif : la palatabilité
Ce qui pourrait davantage être qualifié d’« instinctif », c’est notre appétence pour les produits savoureux et/ou colorés — que ce soit des aliments présents dans la nature comme les fruits, ou des produits industriels, même et surtout lorsque leur transformation détruit en partie ou en totalité les vitamines qu’ils contenaient à l’origine.
Dans le cas du chocolat, ce moteur porte un nom précis : la combinaison sucre + gras, particulièrement efficace pour activer les circuits de récompense. C’est cette palatabilité qui explique l’envie, pas une détection ciblée d’un nutriment manquant.
Le pica : quand l’instinct se trompe complètement
Nous ne possédons pas de faculté sensorielle nous permettant de reconnaître les vitamines. C’est en partie le cas pour certains minéraux — mais avons-nous pour autant envie de lécher des ustensiles en fer en cas d’anémie ?
Les personnes anémiées présentent parfois des envies de manger des choses qui n’ont rien à voir avec le fer : craie, plastique, sable, cendre. Ce phénomène, appelé pica, est cliniquement reconnu comme associé aux carences en fer et en zinc — mais il illustre surtout que, quand un « instinct » se manifeste face à une carence, il peut nous orienter vers des substances qui ne contiennent absolument pas le nutriment manquant.
La seule vraie exception : l’appétit sodique
Il existe malgré tout un mécanisme d’instinct nutritionnel réellement documenté chez l’humain : l’appétit sodique, c’est-à-dire l’envie spécifique de sel en cas de carence sodique réelle. Il est régulé par l’aldostérone et par des circuits cérébraux dédiés, et a été bien caractérisé physiologiquement.
Mais cette exception reste très circonscrite : elle ne concerne que le sel, essentiellement en cas de carence sévère (forte perte hydrique, insuffisance surrénalienne…), et ne se généralise pas aux autres nutriments. Ce n’est donc pas un mécanisme qui valide l’instinctothérapie — c’est plutôt l’exception qui confirme à quel point ce type d’instinct est rare et spécifique.
Chocolat vs flocons d’avoine
Remets les choses en perspective avant de croire que tu as envie de chocolat parce qu’il contient du magnésium.
Quand tu as envie de chocolat, as-tu aussi envie de flocons d’avoine ? Pourtant, ils contiennent bien plus de magnésium que le chocolat.
