Qui croire ?
Il n’est pas rare, dans la sphère « fitness » des réseaux sociaux, d’entendre les choses suivantes :
« Le manque de sel est très dangereux »
« Il ne faut pas manger trop de fibres »
« Tu peux ajouter du sucre sans problème dans ton alimentation »
« Manger 7 œufs par jour est sans danger »
Et d’autres affirmations en contradiction avec les recommandations officielles.
Entre des recommandations officielles qu’on soupçonne volontiers d’être influencées par des lobbies, et des pros du fitness affichant un physique de rêve, on est vite tenté de faire davantage confiance aux seconds.
Et pourtant : un bon physique et de bonnes performances ne signifient pas forcément une bonne santé, ni de bonnes connaissances en nutrition. De la même façon, ce n’est pas parce qu’un conseil émane de l’État qu’il est forcément poussé par l’appât du gain, et encore moins que cela le rendrait automatiquement faux : l’existence d’un conflit d’intérêt possible ne signifie pas que les résultats sont systématiquement faussés.
En l’occurrence, ce type de conseils contrariants est souvent absurde, car il ne s’applique tout simplement pas à la majorité de la population, sportifs compris.
Ce qui a un fond de vérité
Il est vrai que le sodium a son importance dans la pratique sportive, en particulier pour les efforts prolongés avec des pertes sudorales importantes. De la même façon, ajouter un sucre dans son café n’est probablement pas problématique en soi.
Ajouter une cuillère à café de sel dans chaque plat sera-t-il réellement moins dangereux que ne pas en consommer assez ? Ajouter du sucre en quantité un peu partout au nom du IIFYM (if it fits your macros) est-il sans risque sur le long terme ? Non : la présence d’un grain de vérité dans un conseil ne justifie pas de l’étendre sans limite.
Ce qui n’en a pas
Manger du bacon et 5 œufs tous les jours en se justifiant par l’idée que les graisses saturées seraient bonnes pour le métabolisme (et accessoirement pour la ligne) reste une simplification à manier avec prudence, même en s’entraînant beaucoup et avec une alimentation par ailleurs équilibrée.
Sur les œufs spécifiquement, l’image a évolué ces dernières années : plusieurs grandes méta-analyses récentes ne retrouvent pas d’augmentation du risque cardiovasculaire jusqu’à environ un œuf par jour, avec même parfois une association favorable pour les maladies coronariennes. En revanche, les données au delà d’un œuf par jour restent limitées, et au moins une large méta-analyse portant sur le cholestérol alimentaire retrouve une association entre consommation élevée d’œufs et mortalité cardiovasculaire. Affirmer que 5 à 7 œufs par jour sont « sans danger » va donc au delà de ce que les données actuelles permettent de garantir, sans pour autant qu’on puisse affirmer avec certitude que c’est dangereux pour tout le monde : la réponse individuelle au cholestérol alimentaire varie sensiblement d’une personne à l’autre.
L’idée que les graisses saturées seraient globalement bénéfiques pour le métabolisme ne correspond pas à la position des grandes agences de santé, qui recommandent toujours d’en limiter les apports, notamment au profit des graisses insaturées. Le sujet fait cependant l’objet d’un débat scientifique réel, en particulier sur l’effet des graisses saturées dans le contexte de régimes pauvres en glucides, où certains profils métaboliques répondent différemment. Ce débat existe, mais il est loin d’établir que « manger gras saturé tous les jours est bon pour le métabolisme » comme le prétend l’argument type bacon-et-œufs.
Quant à l’excès de fibres, il est en pratique très peu probable d’en être victime avec une alimentation occidentale classique : les inconforts digestifs attribués aux fibres relèvent bien plus souvent d’une sensibilité aux FODMAPs que d’un excès de fibres en tant que tel.
Un conseil qui va à contre-courant n’est ni plus vrai ni plus faux qu’un conseil consensuel : sa valeur dépend de ce qui le soutient, pas de sa capacité à surprendre.
Conclusion
Les recommandations officielles font généralement sens pour la majorité de la population. Certaines personnes ne vont, de fait, pas en bénéficier pleinement, parce qu’elles ne correspondent pas au profil standard sur lequel ces recommandations sont construites.
Il reste néanmoins préférable d’écouter des conseils nutritionnels qui s’appuient sur la recherche, et qui rejoignent d’ailleurs le plus souvent les recommandations officielles, plutôt que ceux d’influenceurs qui aiment surfer à contre-courant pour attirer l’attention.
